Voici une question que les gens posent dans un murmure nerveux, comme si la rĂ©ponse risquait dâĂȘtre embarrassante : est-ce bien lĂ©gal ? Câest une question lĂ©gitime, et la rĂ©ponse honnĂȘte est rassurante. Aux Ătats-Unis, la cryogĂ©nisation est lĂ©gale. Depuis les annĂ©es 1960, des organisations prĂ©servent des personnes au grand jour, dans des installations connues du public. James Bedford, la premiĂšre personne Ă avoir Ă©tĂ© cryoconservĂ©e, est en cryoconservation depuis 1967, et le ciel ne s'est pas encore effondrĂ© sur la tĂȘte des personnes impliquĂ©es.
Ce que cette question met rĂ©ellement en avant, cependant, va au-delĂ de la simple opposition entre lĂ©gal et illĂ©gal. Il sâagit de savoir si la loi prĂ©voit une place claire et bien dĂ©finie pour ce que nous faisons. Et lĂ , la rĂ©ponse honnĂȘte est : pas vraiment. Aux Ătats-Unis, la cryogĂ©nisation se situe dans une zone grise peu rĂ©glementĂ©e, reconnue dans la pratique, rarement abordĂ©e de front dans la lĂ©gislation, et rĂ©gie par des rĂšgles qui changent dĂšs que lâon franchit la frontiĂšre dâun Ătat. Ce nâest pas aussi alarmant que cela puisse paraĂźtre, mais cela signifie que vos propres documents revĂȘtent une grande importance. Cet article vous sert de guide.

Légal, mais par des moyens détournés
Aucune loi amĂ©ricaine ne stipule expressĂ©ment que « la cryogĂ©nisation est autorisĂ©e ». Ce n'est d'ailleurs pas nĂ©cessaire. La cryogĂ©nisation est lĂ©gale car elle s'inscrit, bien qu'un peu Ă contrecĆur, dans des cadres juridiques initialement conçus pour tout autre chose : la gestion des dĂ©pouilles humaines et le don de corps Ă la science.
Le pilier principal est lâ « Uniform Anatomical Gift Act », une loi type adoptĂ©e sous une forme ou une autre par tous les Ătats amĂ©ricains, qui permet Ă une personne de faire don de son corps ou de ses organes aprĂšs son dĂ©cĂšs Ă des fins mĂ©dicales, Ă©ducatives ou scientifiques. La plupart des contrats de cryogĂ©nisation aux Ătats-Unis sâinscrivent prĂ©cisĂ©ment dans ce cadre de don anatomique : vous faites don de votre corps, ou de votre cerveau, Ă une organisation de cryogĂ©nisation Ă des fins de recherche et de prĂ©servation. Le mĂ©canisme est empruntĂ©, mais il fonctionne, et c'est le pilier juridique qui soutient l'ensemble du dispositif.
ConcrĂštement, cela signifie que les organisations de cryogĂ©nisation telles quâAlcor, en Arizona, et le Cryonics Institute le Michigan, fonctionnent comme des entitĂ©s reconnues et transparentes. Elles ne se cachent pas. Elles disposent dâadresses, de personnel, de contrats et dâune expĂ©rience de plusieurs dĂ©cennies. Cette activitĂ© nâest pas tolĂ©rĂ©e dans lâombre ; elle se dĂ©roule au grand jour.
La mort légale d'abord, et toujours
Une rĂšgle s'applique partout de la mĂȘme maniĂšre et n'est pas nĂ©gociable : la cryogĂ©nisation ne commence qu'aprĂšs que le dĂ©cĂšs lĂ©gal a Ă©tĂ© prononcĂ© par une autoritĂ© compĂ©tente, gĂ©nĂ©ralement un mĂ©decin. Aucune Ă©quipe ne peut entamer le refroidissement ou la perfusion avant cette dĂ©claration. C'est la ligne de dĂ©marcation claire qui sĂ©pare la cryogĂ©nisation de tout ce qui s'apparente Ă l'aide Ă mourir, et la communautĂ© scientifique veille scrupuleusement Ă son respect.
Cette rĂšgle unique dĂ©termine tout ce qui suit. Ătant donnĂ© que le compte Ă rebours pour la qualitĂ© de la conservation commence dĂšs lâarrĂȘt cardiaque, et que ce nâest quâaprĂšs la constatation officielle du dĂ©cĂšs que la procĂ©dure peut ĂȘtre lancĂ©e, une planification minutieuse est nĂ©cessaire pour ĂȘtre prĂȘt dĂšs que ce seuil est franchi. Tout ce domaine est, en quelque sorte, une course contre la dĂ©gradation cellulaire quâil est lĂ©galement interdit dâentamer prĂ©maturĂ©ment.
Cinquante Ătats, cinquante codes de rĂšgles
Ce qui est frustrant dans le cas des Ătats-Unis, c'est qu'il n'existe pas de rĂ©gime fĂ©dĂ©ral unique. Le dĂ©cĂšs, l'inhumation, les dons d'organes et la gestion des restes humains relĂšvent en grande partie du droit des Ătats, ce qui signifie que les modalitĂ©s varient d'un Ătat Ă l'autre.
Quelques gĂ©nĂ©ralitĂ©s sâimposent. La plupart des Ătats autorisent la cryogĂ©nisation dans le cadre de leurs lois sur le don et la disposition des corps, sans toutefois aborder spĂ©cifiquement le sujet. Un petit nombre dâentre eux se sont penchĂ©s sur la question de maniĂšre plus directe, certains en adoptant une attitude explicitement favorable, dâautres en imposant des exigences â telles que les modalitĂ©s de transport des dĂ©pouilles ou le type dâorganisme agréé devant intervenir â qui crĂ©ent des obstacles. La situation varie dâun Ătat Ă lâautre : ce qui relĂšve de formalitĂ©s administratives courantes dans un Ătat peut constituer une difficultĂ© supplĂ©mentaire dans un autre.
Nous avons dĂ©libĂ©rĂ©ment choisi de ne pas vous citer de dispositions lĂ©gales prĂ©cises, car les dĂ©tails varient rĂ©ellement dâun Ătat Ă lâautre et Ă©voluent au fil du temps ; une erreur, mĂȘme minime, serait pire quâinutile. Voici donc un conseil honnĂȘte et responsable : si vous rĂ©sidez aux Ătats-Unis et que vous envisagez de recourir Ă la cryoconservation, vĂ©rifiez les rĂšgles en vigueur dans votre Ătat auprĂšs dâun avocat local. Câest lâun des rares domaines oĂč une lecture gĂ©nĂ©rale ne peut se substituer Ă des conseils spĂ©cifiques Ă votre juridiction.
Ce sont vos documents qui constituent votre véritable garantie
Comme le cadre juridique n'est pas uniforme, ce sont les documents que vous signez qui jouent un rĂŽle dĂ©terminant. Aux Ătats-Unis plus que presque partout ailleurs, ce sont des documents bien rĂ©digĂ©s qui transforment un souhait en une instruction que les autres sont tenus de respecter.
Le principe de base est simple :
- Une directive anticipĂ©e et une autorisation de don claires et juridiquement valables, dans lesquelles vous exprimez votre souhait d'ĂȘtre cryoconservĂ©, afin qu'il n'y ait aucune ambiguĂŻtĂ© au pire moment possible. Voir la section « S'assurer que vos souhaits soient respectĂ©s ».
- Un testament conforme à ce souhait, et un financement organisé de maniÚre à ce que vos héritiers n'aient pas à se disputer au sujet des frais.
- L'ensemble complet des documents importants à conserver dans vos dossiers et à garder à portée de main, et non pas enfouis dans un tiroir que personne ne parvient à trouver à 3 heures du matin.
Une bonne documentation a un effet discret mais puissant : elle ne laisse aucune marge de manĆuvre Ă un hĂŽpital, Ă un mĂ©decin lĂ©giste ou Ă un proche rĂ©ticent pour hĂ©siter ou s'opposer. Elle ne peut pas surmonter tous les obstacles juridiques, mais elle Ă©limine ceux qui sont Ă©vitables, et ce sont justement ceux-lĂ qui posent problĂšme dans la pratique.
Pourquoi la voie européenne existe-t-elle en parallÚle ?
Il est bon de savoir que les Ătats-Unis ne constituent pas la seule option bien Ă©tablie. Tomorrow.bio depuis lâEurope, avec standby basĂ©es Ă Berlin et Ă Amsterdam, et Tomorrow.bio un stockage Ă long terme par lâintermĂ©diaire de European Biostasis Foundation Ă but non lucratif European Biostasis Foundation Suisse. La zone grise juridique au sein de lâUE prĂ©sente globalement les mĂȘmes caractĂ©ristiques que celle des Ătats-Unis : elle est reconnue dans la pratique, mais peu codifiĂ©e ; toutefois, les dĂ©tails opĂ©rationnels et juridictionnels diffĂšrent de maniĂšre significative pour certaines personnes. Nous exposons cet aspect dans le cadre juridique de la cryogĂ©nisation au sein de lâUE, ainsi que les arguments plus gĂ©nĂ©raux en sa faveur dans la section intitulĂ©e « Pourquoi un prestataire europĂ©en change la donne ».
La cryogĂ©nisation est lĂ©gale aux Ătats-Unis, mais elle s'appuie sur des dispositions juridiques indirectes ; par consĂ©quent, la protection la plus sĂ»re ne rĂ©side pas dans une loi dont on espĂšre qu'elle s'appliquera, mais dans les documents que l'on signe et dans l'avocat local qui les vĂ©rifie.
Tout cela ne doit pas vous faire reculer. Chaque annĂ©e, aux Ătats-Unis, des personnes font lâobjet dâune cryoconservation, en toute lĂ©galitĂ© et sans drame, car ces « portes de secours » existent bel et bien et sont largement utilisĂ©es. Il suffit simplement de les emprunter en toute conscience : formulez votre volontĂ© dans des documents en bonne et due forme, financez la procĂ©dure, conservez ces documents Ă un endroit oĂč ils pourront ĂȘtre retrouvĂ©s, et vĂ©rifiez les modalitĂ©s spĂ©cifiques en vigueur dans votre Ătat. Si vous procĂ©dez ainsi, la zone grise juridique cessera dâĂȘtre une source dâinquiĂ©tude et deviendra simplement un problĂšme logistique de plus Ă rĂ©soudre.
