Techniques modernes de cryoconservation

Logistique (formalités administratives et transport)

Le transport transfrontalier d'un patient cryogénisé pose autant de problèmes juridiques et logistiques que médicaux : une ambulance agréée pour les services funéraires, des partenariats avec des pompes funèbres, et les contraintes physiques qui expliquent pourquoi l'azote liquide ne peut pas être transporté par avion.

Voici une contrainte qui, discrètement, conditionne l’ensemble de la procédure : l’azote liquide en vrac n’est pas autorisé à bord des avions commerciaux, et un patient vitrifié doit tout de même parvenir jusqu’à un centre situé à Rafz, en Suisse. Ainsi, avant même que les aspects scientifiques n’entrent en ligne de compte, la cryogénisation doit résoudre un problème tout sauf prestigieux. Comment faire passer une personne légalement décédée, réfrigérée et soumise à une contrainte de temps, à travers les frontières européennes, passer les douanes et se conformer à la législation très spécifique qui régit ce qu’il est permis de faire avec des restes humains ? La médecine ne représente que la moitié de la discipline. L’autre moitié, ce sont la logistique et les formalités administratives, et une seule erreur dans l’un ou l’autre domaine peut réduire à néant le travail que l’équipe chirurgicale vient d’accomplir.

Une petite ambulance roulant sur une route en direction d'une barrière frontalière rayée
Le transport transfrontalier d'un patient cryogénisé pose un problème tant juridique que logistique.

L'ambulance est, d'un point de vue juridique, un véhicule funéraire.

Commençons par le véhicule. Une standby « biostase » transporte du matériel médical et effectue des interventions à caractère médical. Mais la loi ne reconnaît pas de catégorie appelée « patient cryogénique ». Dès qu’un médecin constate le décès légal, la personne devient un corps sans vie aux yeux de toutes les juridictions européennes. Le transport des corps sans vie est strictement réglementé. standby est donc immatriculée en tant que véhicule funéraire. Il ne s’agit pas d’une faille juridique, mais de la description légale exacte de son activité. C’est également ce qui permet à l’équipe de franchir les frontières avec un patient. Sans cela, elle serait interceptée à chaque frontière, car il s’agit d’un cas pour lequel la réglementation ne prévoit aucune disposition.

C'est également pour cette raison que le cadre juridique régissant la cryogénisation dans l'UE revêt autant d'importance que la cryobiologie. Un patient parfaitement conservé mais bloqué à une frontière en raison d'un problème de formalités administratives liées au transport perd un temps précieux, et qui dit temps perdu, dit ischémie.

Les pompes funèbres sont des partenaires, pas des concurrents

Tomorrow.bio standby à Berlin et à Amsterdam, mais ses membres décèdent là où ils vivent, ce qui n’est souvent ni l’un ni l’autre de ces endroits. C’est là qu’interviennent les pompes funèbres locales partenaires, qui comblent ce fossé. Ces entreprises bien établies possèdent déjà les licences, les documents et le savoir-faire en matière de transport transfrontalier des défunts exigés par la loi, et elles opèrent partout. En s’associant à eux, un prestataire de services de cryogénisation peut atteindre des membres bien au-delà de ses villes d’origine. Il peut ainsi gérer correctement l’enregistrement local du décès et organiser un transport conforme à la réglementation. L’alternative consisterait à obtenir une licence d’entrepreneur de pompes funèbres dans chaque pays, ce qui prendrait beaucoup de temps. Le secteur funéraire a passé un siècle à résoudre les problèmes juridiques liés au transport des défunts. Il n’y a aucune raison de réinventer la roue.

Pourquoi l'azote liquide ne peut pas prendre l'avion, et quelles en sont les conséquences

Voici maintenant la contrainte physique qui détermine tout le reste. Le stockage à long terme s’effectue dans de l’azote liquide à -196 °C, mais l’azote liquide présente un risque cryogénique et est de fait interdit à bord des vols commerciaux de passagers. On ne peut pas simplement placer un patient dans un vase Dewar rempli d’azote et réserver un espace de fret pour une traversée océanique. Ce simple fait dicte les modalités du transport intercontinental.

Pour les trajets terrestres plus courts en Europe, un patient peut être transporté à froid, sur de la glace carbonique, à environ -79 °C. Cette température est bien plus élevée que la température de conservation. Elle reste toutefois suffisamment basse pour maintenir les réactions chimiques à un rythme très lent pendant toute la durée du trajet routier vers la Suisse. Pour les distances plus longues, notamment intercontinentales, la solution consiste à effectuer les étapes chimiques les plus délicates dès le début. standby procède à la cryoprotection sur place, en perfusant le patient avec un cryoprotecteur à proximité du lieu de son décès, plutôt que d'attendre son arrivée à l'établissement. C'est là le principe logistique fondamental de cette approche : c'est la procédure qui vient au patient, et non l'inverse.

La cryoprotection sur le terrain permet de rattraper le retard

La cryoprotection sur le terrain revêt une importance capitale, car elle dissocie la qualité de la conservation de la durée du transport. Si le patient est perfusé et refroidi à proximité du lieu du décès, le long trajet en avion ou en voiture qui s’ensuit concerne alors un corps déjà stabilisé et cryoprotégé, plutôt qu’un corps en cours de dégradation. Les lésions ischémiques sont en grande partie limitées avant même le début du voyage. Un patient peut être lavé et refroidi sur place, puis acheminé dans de la glace carbonique vers le centre de stockage. Ce patient survit ainsi à un long trajet dans un état bien meilleur. L’alternative consiste à le transporter à température ambiante, et à ne procéder à la perfusion qu’à son arrivée.

Cela dit, rien de tout cela ne rend la rapidité facultative. La cryoprotection sur le terrain réduit l’impact de la distance, mais ne l’élimine pas. Les températures de la glace carbonique permettent toujours une dégradation progressive, chaque retard douanier compte toujours dans le décompte du temps, et l’objectif reste le même que lors de la première intervention: réduire au minimum la durée totale de l’ischémie. La logistique est en place pour permettre la survie lors d’un long trajet, et non pour le rendre sans risque.

Pourquoi une base européenne change la donne

Tout cela est plus facile depuis l’Europe que depuis l’autre côté de l’Atlantique, ce qui explique en grande partie pourquoi un prestataire européen change la donne pour les membres européens. Un patient en Allemagne ou aux Pays-Bas doit compter sur un transport terrestre vers la Suisse qui se mesure en heures, et non sur un transport intercontinental confronté aux décalages horaires, aux régimes douaniers et à l’interdiction de transport aérien de l’azote liquide. La proximité du site de Rafz n’est pas un simple argument marketing ; c’est une réduction directe du temps d’ischémie pour toutes les personnes que standby peuvent atteindre par la route.

Le transport d'un patient cryogénisé est un problème juridique et logistique déguisé en problème médical. Il faut faire immatriculer l'ambulance en tant que véhicule funéraire. S'appuyer sur des partenariats avec des pompes funèbres. Procéder à la cryoprotection sur place. Et ne jamais oublier que le temps continue de s'écouler.

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