L'obstacle de la procrastination

Le coût de l'attente

La procrastination donne l'impression d'être sans conséquence, mais ce n'est pas le cas. Chaque mois de retard entraîne des coûts quantifiables : augmentation des primes, accumulation du risque de mortalité, perte d'intérêts composés et réduction des possibilités de souscription.

Voici une affirmation qu’il convient de prendre au pied de la lettre : attendre n’est pas une pause neutre. Chaque mois où vous repoussez la cryoconservation a un coût, et la majeure partie de ce coût est calculable à l’avance. Le report peut sembler passif, comme l’absence de décision. Il s’agit en réalité d’une décision dont le compteur tourne, et ce compteur ne s’arrête pas simplement parce que vous ne le regardez pas.

Le but de cet article est de chiffrer les conséquences. Dès lors que le report cesse d’être un « plus tard » abstrait pour devenir une somme concrète de primes, de probabilités et de rendements perdus, l’habitude rassurante de remettre les choses à plus tard devient bien plus difficile à justifier. L’obstacle comportemental qui sous-tend cette habitude se cache derrière la grande inertie et le problème abstrait de la mort; cet article traite du coût réel de cette habitude.

Un sablier dont le sable s'écoule presque entièrement, à côté d'une tirelire et de quelques pièces de monnaie
Le retard n'est pas une pause neutre ; le compteur continue de tourner en termes de primes, de risques et de perte d'intérêts composés.

La courbe des primes évolue en votre défaveur

Le coût le plus visible est celui de l'assurance, car la plupart des adhérents financent la biostase par le biais d'une police d'assurance-vie plutôt que de leur poche, et le prix de l'assurance-vie varie fortement en fonction de l'âge. Les chiffres exacts dépendent de l'assureur et de votre état de santé, mais la tendance est constante. Une personne en bonne santé de 25 ans pourrait payer environ 30 € par mois pour une couverture de 200 000 €. À 35 ans, cette même personne paierait peut-être 45 €. À 45 ans, peut-être 75 €. À 55 ans, éventuellement 150 € ou plus. Il ne s’agit pas d’erreurs d’arrondi. Ces montants s’accumulent pour atteindre lifetime considérables lifetime .

Faites le calcul. En souscrivant à 25 ans au lieu de 35, vous économisez environ 15 € par mois, soit environ 180 € par an, rien qu’en cotisations. Sur 50 ans, cela représente environ 9 000 € de primes non versées, sans compter ce que ces économies auraient pu rapporter si elles avaient été investies. Si vous attendez de 25 à 45 ans, le lifetime peut dépasser les 30 000 €. Et ce calcul part du principe que votre état de santé reste stable, hypothèse que le prochain facteur de coût vient remettre en cause.

Chaque année, c'est un nouveau coup de dés en matière de souscription

Chaque année d’attente est une année supplémentaire où un problème de santé peut survenir. Le diabète, les maladies cardiaques, le cancer, un diagnostic d’auto-immunité : n’importe laquelle de ces affections complique la souscription d’une assurance et fait grimper les primes, parfois de manière spectaculaire. Certaines pathologies rendent une couverture abordable pratiquement inaccessible. Si vous attendez qu’un diagnostic grave soit posé, vous risquez de vous retrouver face à des primes prohibitives ou à un refus pur et simple ; à ce stade, votre survie dépendra d’un financement personnel, ce que la plupart des gens ne peuvent pas assumer. La fenêtre permettant de souscrire facilement et à moindre coût une assurance est ouverte aujourd’hui, mais elle se rétrécit discrètement chaque année. Il existe également des circonstances qui excluent totalement la possibilité d’une bonne couverture, et le report de la décision n’y change rien.

Les calculs de mortalité que personne ne veut faire

Le coût le plus difficile à envisager de front : chaque année de retard est une année où vous risquez de décéder sans avoir pris les dispositions nécessaires. Le taux de mortalité est faible chez les personnes jeunes et en bonne santé, mais il n’est pas nul. Les accidents arrivent. Il existe des pathologies non diagnostiquées. Des événements imprévus surviennent, sans tenir compte de vos projets.

Et ces petits chiffres annuels s’accumulent. Supposons une probabilité annuelle de décès prudente de 0,1 % pour une personne dans la trentaine. Sur une seule année, cela semble négligeable. Mais si l’on enchaîne 20 années, la probabilité cumulée de mourir au cours de cette période avoisine les 2 %. Deux pour cent, cela peut paraître insignifiant jusqu’à ce que l’on se souvienne de ce qui est en jeu : pas un pare-chocs, pas une franchise, mais la perte définitive de tout ce que vous êtes. La plupart des gens n’accepteraient pas un risque de 2 % de perdre leur maison ou leurs économies, mais ils acceptent pourtant systématiquement ce risque cumulé de mourir avant d’avoir pris les dispositions qu’ils ont pourtant la ferme intention de mettre en place. Contrairement à une perte financière, celle-ci ne peut faire l’objet d’aucun dédommagement ni d’aucune indemnisation. Si l’année en question est celle où cela se produit, c’est tout simplement fini. C’est pourquoi un risque non nul vaut bien plus que zéro.

La fenêtre « Famille » se ferme plus vite que celle de la rubrique « Personnel ».

Si vous avez l’intention de souscrire une assurance pour vos proches également, le retard s’accumule. Les enfants grandissent, les conjoints vieillissent, l’état de santé évolue, et la marge de manœuvre pour bénéficier d’une couverture familiale à un coût raisonnable se rétrécit sur tous les fronts à la fois. Le plan classique consistant à « souscrire d’abord pour moi-même, puis ajouter ma famille plus tard » échoue face à une réalité : ce « plus tard » ne cesse de s’éloigner, tandis que chacun prend une année de plus et que le coût de son assurance augmente d’un cran. Le moment le moins cher et le plus simple pour assurer sa famille, c’est lorsque les enfants sont jeunes et que tout le monde est en bonne santé, ce qui est justement le moment où cela semble le moins urgent. Il y a aussi un coût moins visible. Si vous attendez des années et que vous décédez soudainement, votre famille devra supporter le chagrin. Elle devra également vivre avec le fait que vous aviez l’intention de le faire et que vous ne l’avez jamais fait. C’est pourquoi nous plaidons en faveur d’une couverture familiale précoce en souscrivant pour votre famille.

L'argent que vous ne dépensez pas n'est pas l'argent que vous gardez

La différence de prime sous-estime le coût réel, car l'argent consacré à des primes plus élevées est de l'argent qui ne peut pas fructifier ailleurs. Avec un rendement annuel de 7 %, un investissement est multiplié par environ 29 en 50 ans : ainsi, environ 12 € deviennent environ 350 €. Cet écart mensuel de 15 € entre les primes d'une personne de 25 ans et celles d'une personne de 35 ans, s'il était investi sur 50 ans, atteindrait environ 80 000 €. Ainsi, un retard d'une décennie ne se limite pas au simple coût de la différence de prime. Il vous prive également des intérêts composés que vous auriez pu percevoir sur cette somme.

Il existe également des coûts moins tangibles. Le fait de garder en tête une intention qui reste indéfiniment inachevée occupe un véritable espace cognitif : c’est un élément de plus qui vient s’ajouter à la liste interminable des choses que l’on aurait dû faire. Les personnes qui organisent leur biostase à l’avance décrivent systématiquement le contraire : un soulagement, un espace mental libéré une fois que la question est simplement réglée.

Le gradient d'urgence s'inverse

C’est là que réside le paradoxe. Les coûts liés au report sont les plus élevés précisément lorsque la motivation est la plus faible. Les jeunes sont exposés au risque de mortalité absolu le plus faible et ressentent le moins d’urgence, alors qu’ils ont le plus à gagner à agir tôt, grâce à des primes moins élevées et à une période de couverture plus longue. Les personnes âgées ressentent l’urgence à mesure que la mortalité devient une préoccupation majeure, mais à ce stade, bon nombre des avantages ont déjà disparu. Ce gradient inversé est bien connu dans le domaine de l’épargne-retraite : les personnes qui devraient épargner le plus ne ressentent pas la pression de le faire. La réponse rationnelle consiste à prendre conscience de ce gradient et à agir malgré l’absence d’urgence. Cela implique généralement de la créer artificiellement : une échéance concrète, un dispositif de responsabilisation, un recalcul annuel du coût personnel du report.

Deux avenirs, une réponse évidente

Imaginez les deux scénarios. Dans le premier, vous souscrivez une assurance aujourd’hui et payez des primes pendant des décennies. Peut-être que cela ne s’avérera jamais nécessaire, grâce aux progrès de la médecine ou simplement parce que vous vivrez longtemps et en bonne santé. Vous aurez « gaspillé » un peu d’argent, mais vous serez en vie et en bonne santé, ce qui rendra ce gaspillage indolore. Dans le second, vous attendez cinq ans de plus, développez une maladie cardiaque et passez tant bien que mal l’examen de risque à un coût trois fois plus élevé, ou bien votre demande est refusée et vous devez tout financer vous-même, ce qui ruine vos autres projets. Ou bien vous attendez ces cinq années et vous décédez à la fin de cette période, sans avoir signé de contrat, ayant tout perdu à cause de formalités administratives que vous aviez sans cesse l’intention de régler. Quel avenir regretteriez-vous le plus ? L’asymétrie n’est pas subtile dès lors que vous prenez le temps de l’examiner.

La procrastination peut sembler passive, mais c'est en réalité un choix actif qui implique d'assumer tous les coûts liés à l'attente : des primes plus élevées, un risque croissant, la perte des intérêts composés et une fenêtre d'opportunité qui se referme.

Vous avez le droit de choisir de repousser cette décision. C'est un choix légitime. Assurez-vous simplement que ce soit un choix délibéré, en tenant compte des coûts, plutôt qu'une absence de choix vers laquelle vous dérivez. Pour la plupart des gens, un examen honnête des chiffres suffit à trancher, et la seule question qui reste est celle de l'ampleur du premier pas. Faites-en un tout petit : ouvrez la page d'inscription, envoyez un e-mail, prenez rendez-vous pour un appel. Le compteur tourne de toute façon.

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