Voici une question juste et pertinente, à laquelle il vaut mieux répondre de front plutôt que de l’esquiver : est-il moral de vendre aux gens un service qui pourrait ne jamais fonctionner ? Un prestataire de cryogénisation prend de l’argent réel pour préserver quelqu’un en misant sur un avenir qui pourrait ne jamais se réaliser. Cela ressemble à quelque chose qui devrait vous rendre méfiant, et vous avez raison de vous interroger à ce sujet. La réponse honnête est que proposer la cryogénisation aujourd’hui est défendable, mais uniquement sous une condition stricte, et c’est précisément cette condition qui fait toute la différence.

L'alternative, ce n'est pas « rien »
Commençons par examiner ce qu’implique réellement ce choix. L’objection part du principe que les options sont « payer pour une procédure incertaine » ou « garder son argent et ne rien perdre ». Mais ce n’est pas là le véritable dilemme. Les véritables alternatives en fin de vie sont la préservation, qui laisse une chance ouverte, ou l’inhumation et la crémation, qui ferment définitivement cette chance. Les véritables alternatives en fin de vie sont la préservation, qui laisse une chance ouverte, ou l’inhumation et la crémation, qui aboutissent à une mort en termes de théorie de l’information : les structures cérébrales qui codent la mémoire et la personnalité sont détruites, et il ne reste plus rien qu’une technologie future puisse lire. Refuser de proposer la cryogénisation ne protège personne d’une issue défavorable. Cela ne fait que supprimer la seule option du menu qui ne se solde pas par une perte certaine et irréversible. Un prestataire qui propose cette option, en toute honnêteté, élargit le choix, il ne l’exploite pas.
La condition : une honnêteté radicale quant aux chances de réussite
Aujourd'hui, toute la légitimité morale de la cryogénisation repose sur une seule condition : il faut dire la vérité aux gens sur le caractère incertain de cette pratique. La frontière entre un service légitime et une arnaque ne réside pas dans le fait que la résurrection soit garantie ou non, car personne ne peut la garantir. Elle réside dans le fait que le vendeur prétende savoir des choses qu'il ignore.
C’est pourquoi nous affirmons, en termes clairs et à maintes reprises, qu’une reprise n’est actuellement pas possible, que nous ne pouvons pas vous donner de cotes et que le pari risque d’être perdu. Un prestataire qui, au contraire, promet une date, laisse entendre une certitude ou dissimule les risques d’échec n’offre plus une chance, mais vend un rêve. La première approche est éthique. La seconde est ce que les critiques ont raison de condamner, et c’est précisément ce dont il est question dans la question de savoir s’il s’agit d’une arnaque qui exploite des personnes désespérées.
Pourquoi « attendre que ça marche » n'est pas une option
Une réponse tentante serait : d’accord, mais ne la commercialisez pas tant que vous n’avez pas prouvé son efficacité. Le problème, c’est que ce n’est pas un calendrier cohérent. La cryoconservation doit avoir lieu au moment du décès légal, dès maintenant, pour les personnes qui meurent aujourd’hui. On ne peut pas cryoconserver quelqu’un rétroactivement une fois que la science aura fait ses preuves. Si les prestataires attendaient d’avoir la preuve de la résurrection avant de proposer la cryoconservation, alors chaque personne en vie pendant ces décennies d’attente serait vouée à l’échec, sans aucune chance de s’en sortir. C’est en la proposant dès maintenant que cette option reste accessible à toute personne actuellement en vie. Le choix de construire le pont doit être fait avant que la rive opposée ne soit achevée, sinon personne ne pourra jamais la traverser.
Le devoir qui découle du fait de l'offrir
Accepter de l'argent pour un avenir incertain engendre également des obligations qu'un prestataire sérieux se doit de prendre au sérieux : assurer la conservation selon les normes les plus élevées que les circonstances permettent, structurer l'organisation pour qu'elle perdure à long terme, financer le stockage de manière à ce qu'il ne dépende pas des résultats trimestriels de l'entreprise, et ne jamais laisser le marketing prendre le pas sur la science. La dimension éthique ne réside pas uniquement dans l'offre elle-même. Elle réside dans le fait de la proposer de manière responsable, et de continuer à mériter la confiance du client après la signature du contrat.
Proposer la cryogénisation aujourd’hui est moral pour la même raison que proposer toute solution hasardeuse mais honnête est moral : cela élargit les options d’une personne en fin de vie au lieu de les restreindre. Cela cesse d’être moral dès l’instant où le vendeur prétend que cette solution hasardeuse est une certitude.
La réponse à cette question précise est donc « oui », à condition que cela apporte une réelle valeur ajoutée. Il est justifiable de proposer cela aujourd’hui à des personnes pour qui l’alternative est une perte certaine, à condition de faire preuve d’une honnêteté sans faille quant à ce qu’elles achètent. Sans cette honnêteté, tout le projet s’effondre et devient exactement ce que redoutent les détracteurs. En la préservant, on se rapproche davantage de la médecine que du simple art de la vente.
