Limites et défis

Les défis techniques liés à une conservation de haute qualité

Ce qui distingue une excellente conservation d'une mauvaise : les cinq obstacles techniques – de l'ischĂ©mie et du « no-reflow » Ă  la glace, en passant par la toxicitĂ© et la perfusion inĂ©gale – qui dĂ©terminent la qualitĂ© du prĂ©lĂšvement.

On a souvent tendance Ă  considĂ©rer la cryoconservation comme une question de « tout ou rien » : soit une personne est cryoconservĂ©e, soit elle ne l’est pas. En rĂ©alitĂ©, il s’agit d’un spectre de qualitĂ©, et la position d’un cas donnĂ© sur ce spectre dĂ©pend d’une poignĂ©e d’obstacles techniques spĂ©cifiques. Aucun d’entre eux n’a rien de mystĂ©rieux. Chacun constitue un problĂšme d’ingĂ©nierie concret que le secteur s’efforce activement de rĂ©soudre. Les comprendre permet de saisir ce que signifie rĂ©ellement la « haute qualitĂ© » et pourquoi elle est plus difficile Ă  atteindre qu’il n’y paraĂźt.

1. Le temps, car l'ischĂ©mie ne s'arrĂȘte jamais

La premiĂšre contrainte, et la plus importante, est la rapiditĂ©. DĂšs l’arrĂȘt cardiaque, le cerveau commence Ă  souffrir d’ischĂ©mie, un manque d’oxygĂšne qui dĂ©grade la structure mĂȘme que la prĂ©servation vise Ă  sauver. Tous les patients actuels en souffrent dans une certaine mesure ; la seule question est de savoir dans quelle mesure. En l’absence d’une standby sur place, un cas peut impliquer de nombreuses heures d’ischĂ©mie froide prĂ©cĂ©dĂ©es d’une ischĂ©mie chaude, bien plus destructrice. C’est pourquoi la communautĂ© scientifique tente dĂ©sormais de la mesurer directement, Ă  l’aide d’indicateurs proposĂ©s tels que la « mesure standardisĂ©e de l’exposition ischĂ©mique », et pourquoi toute la course contre la dĂ©gradation cellulaire s’articule autour de la rĂ©duction de cette fenĂȘtre temporelle. Le temps est, de loin, le levier le plus important en matiĂšre de qualitĂ©.

2. Absence de refusion : le problÚme aprÚs le délai

L’ischĂ©mie laisse des sĂ©quelles graves. Une fois que les tissus ont Ă©tĂ© privĂ©s de sang pendant un certain temps, il est souvent impossible de simplement y faire circuler Ă  nouveau du liquide : la microcirculation rĂ©siste Ă  la reperfusion, un phĂ©nomĂšne appelĂ© « no-reflow ». Les recherches Ă  ce sujet donnent Ă  rĂ©flĂ©chir. Dans les Ă©tudes portant sur la perfusion retardĂ©e, ni les anticoagulants administrĂ©s au prĂ©alable, ni les mĂ©dicaments thrombolytiques administrĂ©s par la suite n’ont permis de rĂ©tablir complĂštement la circulation, ce qui signifie que le « no-reflow » ne se limite pas aux caillots sanguins. Si la solution protectrice ne parvient pas Ă  atteindre le tissu de maniĂšre homogĂšne, certaines parties du cerveau restent sans protection, quelle que soit la qualitĂ© de cette solution. Vaincre le « no-reflow » est l’un des problĂšmes ouverts les plus difficiles de ce domaine.

3. La glace et la propriĂ©tĂ© la plus gĂȘnante du corps humain

Le corps humain est composĂ© d’environ 60 % d’eau, et l’eau se dilate d’environ 9 % lorsqu’elle gĂšle, formant des cristaux acĂ©rĂ©s qui rompent les cellules. EmpĂȘcher la formation de glace est la raison d’ĂȘtre mĂȘme de la vitrification. Mais l’efficacitĂ© de la vitrification dĂ©pend entiĂšrement de la rĂ©partition du cryoprotecteur dans les tissus. Partout oĂč l’agent ne parvient pas Ă  atteindre, peut-ĂȘtre en raison d’un manque de reflux, de la glace peut encore se former. Une conservation de haute qualitĂ© implique d’acheminer une quantitĂ© suffisante de cryoprotecteur partout oĂč cela est nĂ©cessaire, ce qui est bien plus facile Ă  dire qu’à faire.

4. Le compromis entre toxicité et dommages dus au froid

Les cryoprotecteurs qui empĂȘchent la formation de glace sont eux-mĂȘmes toxiques aux concentrations requises, et les tissus peuvent Ă©galement subir des « lĂ©sions par refroidissement » pendant la phase de refroidissement. Tout l’art consiste Ă  porter la concentration Ă  un niveau suffisamment Ă©levĂ© pour permettre la vitrification, sans pour autant que les rĂ©actions chimiques n’endommagent les tissus, tout en refroidissant Ă  une vitesse suffisamment rapide pour devancer la formation de glace, mais suffisamment contrĂŽlĂ©e pour Ă©viter tout stress thermique. Il s’agit lĂ  d’un vĂ©ritable exercice d’équilibre, et c’est prĂ©cisĂ©ment en amĂ©liorant les solutions – grĂące aux gĂ©nĂ©rations de perfectionnements qui ont permis d’aboutir aux agents Ă  faible toxicitĂ© d’aujourd’hui – que ce domaine Ă©largit la marge de sĂ©curitĂ©.

5. La fracturation dans les profondeurs glaciales

Il existe un autre obstacle, dont on parle moins. Le tissu vitrifiĂ© est du verre, et le verre soumis Ă  une contrainte thermique suffisante peut se fissurer. Un refroidissement jusqu’à -196 °C peut entraĂźner l’apparition de fractures microscopiques. C’est l’une des raisons pour lesquelles le secteur dĂ©veloppe actuellement le stockage Ă  tempĂ©rature intermĂ©diaire, qui consiste Ă  maintenir les patients Ă  une tempĂ©rature infĂ©rieure Ă  la transition vitreuse mais supĂ©rieure Ă  celle de l’azote liquide, afin de rĂ©duire les fractures tout en prĂ©servant la stabilitĂ© de la structure. Ces dommages sont considĂ©rĂ©s comme rĂ©ductibles grĂące Ă  de meilleures techniques ; ils ne sont pas fatals, mais ils sont bien rĂ©els et mĂ©ritent d’ĂȘtre mentionnĂ©s.

Le rĂ©sumĂ© en toute honnĂȘtetĂ©

En rĂ©sumĂ©, la recette d’une prĂ©servation de haute qualitĂ© repose sur une chaĂźne dont chaque maillon est essentiel : atteindre rapidement le patient, rĂ©tablir la circulation, rĂ©partir uniformĂ©ment l’agent de prĂ©servation dans les tissus, vitrifier sans toxicitĂ© excessive et refroidir sans provoquer de fracture. Une faiblesse dans l’un de ces maillons rĂ©duit la qualitĂ© de l’ensemble. C’est Ă©galement la raison pour laquelle la qualitĂ© de la prĂ©servation varie rĂ©ellement d’une personne Ă  l’autre, et pourquoi il convient d’adopter une attitude honnĂȘte face Ă  cette variation, plutĂŽt que de faire une promesse marketing uniforme. La bonne nouvelle, c’est que ces cinq obstacles font tous l’objet de recherches actives, qu’ils constituent le cƓur des avancĂ©es dans ce domaine, et qu’ils se sont tous amĂ©liorĂ©s au fil du temps.

Une conservation de haute qualité n'est pas une caractéristique que l'on possÚde ou non. Il s'agit d'une chaßne composée de cinq obstacles techniques : le temps, le reflow, la glace, la toxicité et la fracturation ; et la qualité du résultat dépend du maillon le plus faible de cette chaßne.

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