La cryoconservation d’un individu représente la moitié de ce que nous sommes capables de faire aujourd’hui en matière de cryogénisation. L’inverser est la moitié qui nous échappe encore, et il convient d’expliquer précisément pourquoi, car l’affirmation « nous ne pouvons pas encore l’inverser » recouvre plusieurs problèmes distincts, dont certains sont sur le point d’être résolus, contrairement à d’autres. Cet article passe en revue les obstacles techniques à la cryoconservation réversible, ceux qui séparent un patient bien conservé d’un patient vivant. Il s’agit d’un complément honnête à l’explication des raisons pour lesquelles la réanimation n’est actuellement pas possible.

Le réchauffage est plus difficile que le refroidissement
La première surprise, c’est que le réchauffement est la voie la plus dangereuse. Le refroidissement peut se faire relativement lentement et avec précaution ; le réchauffement, lui, doit être rapide. Une cellule isolée peut être réchauffée en moins d’une minute dans un bain chaud, et la rapidité est essentielle car un réchauffement lent donne à la glace une seconde chance de se former. Un échantillon vitrifié doit être réchauffé en repassant par la zone de danger. Au cours de ce processus, la structure vitreuse peut se cristalliser partiellement. Ce phénomène, appelé dévitrification, annule exactement ce que la vitrification avait permis d’obtenir. Pour une cellule isolée ou un échantillon mince, cela reste gérable. Pour un être humain entier, ce n’est pour l’instant absolument pas possible.
Le problème de l'organe dans son ensemble : un réchauffement homogène
Si l'échelle revêt une telle importance, c'est une question d'uniformité. Un objet volumineux et complexe ne se réchauffe pas de manière homogène : l'extérieur chauffe plus vite que l'intérieur, et les différents tissus à des rythmes différents. Lorsqu'une zone accuse un retard, elle peut repasser par la température à laquelle se forme la glace alors que les zones voisines sont déjà hors de danger. Le défi principal ne réside donc pas uniquement dans la vitesse. L'ensemble du volume doit se réchauffer rapidement et uniformément. Il s'agit là d'un domaine de recherche de pointe. Une approche prometteuse consiste à utiliser des ultrasons focalisés de haute intensité pour réchauffer un échantillon rapidement et uniformément. Une idée plus générale est celle du « nano-réchauffement », qui consiste à introduire dans les tissus des nanoparticules pouvant être chauffées uniformément de l’intérieur. Cette technique est précisément mise au point pour résoudre ce problème.
Éliminer la toxicité
Il existe une raison plus profonde pour laquelle le réchauffement est difficile. Les cryoprotecteurs qui rendent la conservation possible sont inoffensifs à des températures cryogéniques, où toute activité chimique est suspendue, mais deviennent toxiques dès que la température remonte. Pour réanimer une personne, il faudrait éliminer ces agents rapidement et proprement au fur et à mesure du réchauffement, avant qu’ils ne puissent endommager les tissus, et ce de manière uniforme sur l’ensemble du corps. Aucune technique n’existe aujourd’hui pour y parvenir à l’échelle humaine. C’est l’un des principaux problèmes non résolus de ce domaine, et un prestataire honnête le mentionne ouvertement plutôt que de le passer sous silence.
Et puis, le problème initial est toujours là
Même en admettant un réchauffement et une détoxification parfaits, on se retrouverait face à l’état initial du patient : la maladie ou la blessure ayant entraîné la mort légale, auxquels s’ajouteraient les lésions ischémiques et liées à la conservation accumulées au cours du processus. Une « inversion » au sens plein du terme impliquerait de tout réparer. C’est pourquoi toute réflexion sérieuse sur la résurrection s’oriente vers des technologies qui n’existent pas encore. La feuille de route la plus détaillée est celle présentée par Robert Freitas et Greg Fahy dans *Cryostasis Revival*. Elle esquisse deux grandes voies. La voie « conventionnelle » consiste à scanner la structure vitrifiée, puis à extraire le cryoprotecteur et à utiliser des machines moléculaires pour réparer les tissus pendant le réchauffement. La « reconstruction moléculaire », plus radicale, cartographie le cerveau atome par atome et le reconstruit à partir de cette carte. Ces deux approches relèvent clairement des technologies du futur et s’inscrivent toutes deux dans le pari de la nanotechnologie.
Ce qui a déjà été prouvé et ce qui ne l'a pas encore été
Il serait malhonnête de laisser entendre que la réversion est purement hypothétique, quelle que soit l'échelle considérée. Un rein de lapin a été vitrifié, réchauffé, transplanté et s'est avéré fonctionnel: un véritable aller-retour pour un organe entier. De plus , des travaux récents ont démontré la récupération fonctionnelle de tissu cérébral après vitrification. Ce sont là de véritables avancées majeures. Le chemin à parcourir avant d'arriver à un être humain entier reste toutefois immense. Il concerne la taille, la complexité et la nécessité de remédier à la cause du décès. La direction prise va de « l'impossible » vers le « difficile », étape par étape.
La cryoconservation réversible ne se résume pas à une seule étape, mais à plusieurs : réchauffer rapidement et uniformément, éliminer complètement la toxicité, et réparer à la fois les dommages causés par la conservation et la cause initiale du décès. Nous avons franchi les premières étapes à petite échelle. La cryoconservation d’un être humain entier reste un défi pour l’avenir, et nous le disons clairement.
