Il est tentant de considĂ©rer la rĂ©surrection comme ce domaine de la cryogĂ©nisation oĂč l'on se contente de lever les mains en disant : « L'avenir trouvera bien une solution. » Cela n'est pas suffisant, et ce n'est pas nĂ©cessaire non plus. Nous ne pouvons rĂ©animer personne aujourdâhui, et nous reconnaissons honnĂȘtement que la rĂ©animation nâest actuellement pas possible. Mais « pas encore » est trĂšs diffĂ©rent de « par magie ». On peut en effet rĂ©flĂ©chir Ă ce que nĂ©cessiterait la rĂ©animation, et lorsquâon le fait, cela se rĂ©sume Ă deux grandes voies dâingĂ©nierie. Aucune des deux nâexiste. Surtout, aucune ne nĂ©cessite de nouvelle physique. Les deux relĂšvent dâune ingĂ©nierie complexe appliquĂ©e Ă la biologie, ce qui correspond exactement au type de problĂšme que les humains ont depuis longtemps lâhabitude de rĂ©soudre.
La nature du problĂšme
Quelle que soit la mĂ©thode utilisĂ©e, la rĂ©surrection doit rĂ©soudre trois problĂšmes Ă©troitement liĂ©s : rĂ©parer les dommages causĂ©s par la cause initiale du dĂ©cĂšs, rĂ©parer les dommages causĂ©s par le processus de conservation lui-mĂȘme, et rĂ©tablir le bon fonctionnement du systĂšme sans dĂ©truire la structure qui code la personne. Si cela relĂšve de lâingĂ©nierie plutĂŽt que de la fantaisie, câest parce que lâinformation est prĂ©servĂ©e ; la tĂąche consiste Ă agir sur celle-ci. Il existe deux grandes familles dâapproches pour y parvenir.
PremiÚre option : réparation sur place
La premiĂšre voie consiste Ă conserver le corps biologique dâorigine et Ă le rĂ©parer. Cela implique dâintervenir Ă lâĂ©chelle molĂ©culaire et cellulaire dans lâensemble des tissus : Ă©liminer la cause du dĂ©cĂšs, rĂ©parer les dommages causĂ©s par lâischĂ©mie et les cryoprotecteurs, puis procĂ©der Ă un rĂ©chauffement progressif sans laisser la glace se former. La technologie la plus souvent Ă©voquĂ©e pour intervenir Ă cette Ă©chelle est la nanotechnologie molĂ©culaire, câest-Ă -dire des dispositifs capables dâagir atome par atome, ce qui fait lâobjet du « pari sur la nanotechnologie ». La biotechnologie de pointe, les cellules modifiĂ©es et les outils de rĂ©paration molĂ©culaire constituent Ă©galement des contributions plausibles. LâintĂ©rĂȘt de cette voie rĂ©side dans le fait quâelle vous permet de conserver votre propre corps restaurĂ©. La difficultĂ© rĂ©side dans le fait quâelle exige des outils de rĂ©paration dâune prĂ©cision et dâune Ă©chelle stupĂ©fiantes qui nâexistent pas encore.
DeuxiÚme méthode : numérisation et reconstruction
La deuxiĂšme approche ne cherche absolument pas Ă rĂ©parer le tissu prĂ©servĂ©. Elle se contente plutĂŽt de lâanalyser. Si la structure du cerveau, câest-Ă -dire le connectome complet, peut ĂȘtre cartographiĂ©e avec une rĂ©solution suffisamment Ă©levĂ©e, cette carte pourrait en principe servir Ă reconstruire un cerveau biologique sain, ou Ă restaurer ses fonctions par dâautres moyens. Ici, le cerveau prĂ©servĂ© est considĂ©rĂ© comme la copie originale de lâinformation, et la rĂ©surrection devient un problĂšme de numĂ©risation et de reconstruction plutĂŽt quâune intervention chirurgicale in situ. Cette voie sâappuie sur lâimagerie et le calcul plutĂŽt que sur la rĂ©paration molĂ©culaire, et elle soulĂšve ses propres questions profondes sur la continuitĂ© de lâidentitĂ©, questions qui font encore lâobjet de dĂ©bats parmi les esprits honnĂȘtes. Elle est mentionnĂ©e non pas parce quâelle a fait ses preuves, mais parce quâelle constitue une voie vĂ©ritablement diffĂ©rente menant au mĂȘme objectif, et le fait de disposer de plusieurs voies possibles est en soi une raison dâentretenir un optimisme prudent.
Pourquoi il s'agit d'ingĂ©nierie et non d'un vĆu pieux
Si je tiens Ă exposer tout cela explicitement, câest pour montrer ce quâest â et ce que nâest pas â la rĂ©surrection. Il ne sâagit pas dâespĂ©rer quâune force inconnue vienne inverser le cours de la mort. Il sâagit dâun ensemble dâexigences techniques concrĂštes, bien quâĂ©normes, dont chacune est compatible avec les lois connues de la physique et de la chimie. Ce cadre de rĂ©fĂ©rence est important, car il fait la diffĂ©rence entre un problĂšme que lâon peut aborder Ă©tape par Ă©tape et un miracle pour lequel on ne peut que prier. Les tendances en imagerie, en biologie molĂ©culaire et en informatique vont toutes dans des directions qui rendent ces voies de plus en plus plausibles au fil du temps, mĂȘme si aucune dâentre elles nâest encore prĂšs dâaboutir.
La « renaissance » nâest pas un mystĂšre unique, mais deux programmes dâingĂ©nierie : rĂ©parer la structure dâorigine, ou analyser et reconstruire Ă partir de la structure prĂ©servĂ©e. Nous ne sommes pas encore en mesure de rĂ©aliser lâun ou lâautre. Mais aucun des deux ne nĂ©cessite de nouvelles lois de la nature, seulement des outils dont nous ne disposons pas encore.
Rien de tout cela n'est une promesse. Il s'agit d'une carte des différentes voies possibles, proposée afin que le pari que vous faites soit clair et non pas à l'aveuglette. La durée que cela pourrait prendre est une question distincte et à laquelle il est véritablement impossible de répondre ; c'est ce à quoi renvoie la question de savoir quand nous pouvons espérer une reprise.
