Techniques modernes de cryoconservation

PremiÚre réponseStandby et stabilisation)

Que se passe-t-il rĂ©ellement dans les premiĂšres minutes qui suivent le dĂ©cĂšs lĂ©gal : une standby en alerte, une rĂ©animation cardio-pulmonaire mĂ©canique et un refroidissement par bain de glace, ainsi qu’un compte Ă  rebours qui dĂ©marre dĂšs l’arrĂȘt cardiaque.

Voici l’aspect de la cryogĂ©nisation dont personne ne parle dans ses affiches : presque tout ce qui dĂ©termine la qualitĂ© de la conservation se joue au cours de la premiĂšre heure, par des personnes se trouvant dans une chambre d’hospice ou un couloir d’hĂŽpital, luttant contre une horloge qui a commencĂ© Ă  tourner dĂšs l’arrĂȘt cardiaque. La partie spectaculaire, avec l’azote liquide et les dewars en acier en Suisse, est la partie la plus facile. Le plus difficile, c’est la premiĂšre intervention, car c’est lĂ  que les dommages sont soit Ă©vitĂ©s, soit discrĂštement scellĂ©s.

Cette phase a pour seul objectif de faire passer le patient de la mort légale au début de la perfusion cryoprotectrice, tout en préservant au maximum l'intégrité de ses tissus. Pour comprendre pourquoi chaque minute compte autant, il est utile de préciser exactement contre quoi nous menons cette course contre la montre.

Une petite ambulance, à cÎté d'une glaciÚre médicale et d'un sac de glace, symbolisant standby qui assure le refroidissement et la stabilisation d'un patient.
standby veille à maintenir la température corporelle et à favoriser la circulation sanguine au cours de la premiÚre heure critique.

Le temps presse, et il ne s'arrĂȘte pas pour la paperasse

Lorsque le cƓur s'arrĂȘte, le cerveau cesse d'ĂȘtre alimentĂ© en oxygĂšne et, en l'espace de quelques minutes, l'Ă©quilibre chimique qui assure la cohĂ©sion des tissus commence Ă  se dĂ©sagrĂ©ger. C'est ce qu'on appelle l'ischĂ©mie, et c'est l'ennemi numĂ©ro un de l'ensemble de la procĂ©dure. Chaque minute d'ischĂ©mie Ă  tempĂ©rature ambiante nous fait perdre un peu de l'intĂ©gritĂ© structurelle que nous nous efforçons de prĂ©server. La course contre la dĂ©gradation cellulaire n'est pas une mĂ©taphore ; c'est la contrainte technique qui dĂ©termine toutes les autres dĂ©cisions Ă©voquĂ©es dans cet article.

standby ne cherche donc pas Ă  maintenir le patient en vie au sens conventionnel du terme. Elle tente de ralentir les processus chimiques. Deux leviers permettent d’accomplir l’essentiel du travail : maintenir une certaine circulation sanguine afin que les tissus ne soient pas en Ă©tat de stagnation totale, et faire baisser la tempĂ©rature, car le froid est le mĂȘme alliĂ© qu’à -196 °C, comme nous l’avons vu plus haut. En gros, chaque baisse de 10 °C ralentit le mĂ©tabolisme, ce qui signifie que le refroidissement permet de gagner du temps directement.

Standby: ĂȘtre prĂ©sent dans la piĂšce avant que le cƓur ne s'arrĂȘte

Le facteur le plus dĂ©terminant en matiĂšre de qualitĂ© est aussi le moins spectaculaire : ĂȘtre prĂ©sent. Une Ă©quipe formĂ©e Standby, Ă  la stabilisation et au transport (SST) se met en alerte lorsqu’un patient approche de la fin de vie et, dans l’idĂ©al, intervient avant le dĂ©cĂšs lĂ©gal afin d’ĂȘtre prĂ©sente au chevet du patient au moment oĂč celui-ci est dĂ©clarĂ©. Si le dĂ©cĂšs est soudain, elle se mobilise immĂ©diatement. Dans tous les cas, l’objectif est le mĂȘme : un dĂ©lai nul entre la dĂ©claration du mĂ©decin et le dĂ©but de la stabilisation. Nous expliquons en dĂ©tail pourquoi cela est essentiel dans la rubrique « Qu’est-ce que le SST et pourquoi est-ce important? ».

L'Ă©quipe arrive Ă©quipĂ©e comme une unitĂ© mobile de soins intensifs, avec un objectif inhabituel. Le kit comprend un vĂ©hicule ou une ambulance adaptĂ© Ă  la biostase, des systĂšmes de refroidissement portables, un dispositif de compressions thoraciques mĂ©caniques, un kit de gestion des voies respiratoires et de ventilation, ainsi qu'un stock de mĂ©dicaments. Tomorrow.bio standby Ă  Berlin et Ă  Amsterdam prĂ©cisĂ©ment pour que le temps de trajet jusqu’à un patient soit court, car le temps de trajet Ă©quivaut Ă  du temps d’ischĂ©mie, et acheminer l’équipe et le matĂ©riel au bon endroit au bon moment constitue un vĂ©ritable casse-tĂȘte logistique, impliquant des questions de logistique, de formalitĂ©s administratives et de transport.

Stabilisation : compressions thoraciques, bain de glace et médicaments adaptés

Le dĂ©cĂšs lĂ©gal doit ĂȘtre constatĂ© par un mĂ©decin. C’est le signal de dĂ©part lĂ©gal, et ce n’est qu’à ce moment-lĂ  que l’équipe se met au travail. La premiĂšre Ă©tape consiste Ă  rĂ©tablir artificiellement la circulation et la respiration : les compressions thoraciques mĂ©caniques et la ventilation acheminent du sang oxygĂ©nĂ©, en particulier vers le cerveau, afin que les tissus ne soient pas laissĂ©s dans un Ă©tat de stagnation totale pendant que le refroidissement est mis en place. L’objectif n’est pas la rĂ©animation, mais de maintenir l’apport sanguin au cerveau pendant le court laps de temps prĂ©cĂ©dant le dĂ©but du refroidissement plus profond.

ParallĂšlement, le refroidissement externe est mis en place de maniĂšre intensive et rapide. Le patient est enveloppĂ© dans de la glace ou plongĂ© dans un bain d’eau glacĂ©e, en veillant tout particuliĂšrement Ă  refroidir la tĂȘte, parfois Ă  l’aide de dispositifs spĂ©cifiques, car c’est le cerveau que nous sommes le plus dĂ©terminĂ©s Ă  protĂ©ger. Des mĂ©dicaments sont Ă©galement administrĂ©s, notamment des anticoagulants pour empĂȘcher le sang de coaguler et d’autres agents qui protĂšgent les tissus contre le stress liĂ© au manque d’oxygĂšne. Chaque Ă©tape vise le mĂȘme objectif : rĂ©duire l’activitĂ© mĂ©tabolique et enzymatique afin que la dĂ©gradation cellulaire ralentisse considĂ©rablement jusqu’à ce qu’une perfusion complĂšte puisse commencer.

Comment savoir si la phase est terminée ?

La premiĂšre intervention ne s’achĂšve pas lorsque l’équipe estime qu’elle est terminĂ©e ; elle comporte des critĂšres de fin explicites et vĂ©rifiables. Cette phase prend fin lorsque :

  • Le patient a Ă©tĂ© refroidi jusqu’à une tempĂ©rature centrale cible prĂ©liminaire, bien au cƓur de la plage oĂč les rĂ©actions chimiques sont pratiquement au point mort.
  • L'assistance circulatoire consiste Ă  faire circuler activement et rĂ©ellement le liquide, et pas seulement Ă  le faire s'Ă©couler.
  • Les Ă©tapes pharmacologiques, Ă  savoir l'anticoagulation et la protection tissulaire, sont terminĂ©es.
  • On peut prĂ©parer l'accĂšs vasculaire afin que le patient soit prĂȘt Ă  passer Ă  la phase chirurgicale.

C'est justement ce passage de relais qui est essentiel. La phase de stabilisation permet de gagner du temps ; la phase de perfusion chirurgicale l'utilise pour remplacer l'eau contenue dans le corps par un cryoprotecteur, afin que les tissus puissent se vitrifier au lieu de se transformer en glace, ce qui serait néfaste. Chaque phase a pour but de rendre la suivante possible.

La qualité d'une cryoconservation se joue principalement au cours de la premiÚre heure, en fonction de la rapidité avec laquelle une équipe qualifiée parvient à faire circuler le sang refroidi et à faire baisser la température, et non en fonction de ce qui se passe par la suite dans le dewar.

Rien de tout cela n'implique de croire qu'un renouveau est imminent. Il suffit d'avancer l'argument modeste et défendable selon lequel moins d'ischémie signifie une meilleure préservation de la structure, et que c'est cette structure qui mérite qu'on se batte pour elle. C'est lors de cette premiÚre réaction que se joue réellement l'issue de ce combat.

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