Qualifier la biostase de « problème d'ingénierie » n'a de sens que si cette expression permet de mieux cerner l'incertitude.
Cela ne prouve pas que le problème ait une solution. Il s'agit d'une proposition visant à décomposer une grande inconnue en plusieurs échecs plus petits et vérifiables.
Un cadre n'est pas un résultat de faisabilité
L'ingénierie commence par les exigences, les contraintes et les mesures. En matière de biostase, même le critère de réussite soulève des questions qui restent sans réponse.
Nous ne savons pas quelles caractéristiques physiques du cerveau humain devraient être préservées pour que la mémoire et l'identité restent récupérables.
Nous ne savons pas non plus si la médecine de demain sera capable de déterminer, de réparer et de relancer les processus concernés après les techniques de conservation actuelles.
Le cadre technique permet donc de structurer le problème. Il ne prouve pas pour autant que la relance soit possible.
Le problème peut encore être décomposé
Un conteneur doit limiter les dommages après l'arrêt de la circulation sanguine, permettre la diffusion de la solution cryoprotectrice, assurer un refroidissement sans formation de glace destructrice, rester stable pendant le stockage et, enfin, permettre le réchauffement.
Chaque étape comporte des variables observables. Le délai, la température, la pression, la concentration, la vitesse de refroidissement et les gradients thermiques peuvent être enregistrés et optimisés.
C'est pourquoi l'ischémie, l'exposition aux cryoprotecteurs et la phase de refroidissement méritent d'être analysées séparément.
Un prestataire peut réaliser des progrès sur ces variables sans pour autant affirmer que l'ensemble de la chaîne a été démontré.
Les succès partiels ne se transposent pas automatiquement à plus grande échelle
La cryobiologie permet de conserver de manière réversible de nombreuses cellules, des embryons et certains tissus. Les organes de plus grande taille posent davantage de problèmes en matière de transport et de régulation thermique.
En 2023, des chercheurs ont vitrifié des reins de rat, les ont conservés pendant une période pouvant aller jusqu'à 100 jours, les ont réchauffés à l'aide de nanoparticules, puis les ont transplantés chez des rats.
Les reins ont permis aux animaux de survivre tout au long de l'étude de 30 jours, bien que leur fonction ait été initialement altérée. Il s'agit là d'une preuve significative de la préservation des organes.
Cela ne prouve pas qu'un cerveau humain cryoconservé puisse être réanimé. La taille, le critère d'évaluation et le protocole de conservation sont différents.
L'étude sur les reins de rats met davantage en évidence le problème du transfert, loin de le résoudre.
Le pont en béton reste inconnu
La cryogénisation humaine ne commence qu'après le décès légal. Parmi les cas possibles, on peut citer l'ischémie à température normale, les maladies, les traumatismes et les retards que les études en laboratoire contrôlées permettent d'éviter.
Les traitements futurs devront traiter ces lésions tout en tenant compte de la toxicité, de la formation de glace, des fractures et des dommages causés par le réchauffement.
Il n'existe aucune procédure de restauration complète, comme expliqué dans la section consacrée aux raisons pour lesquelles une restauration n'est actuellement pas possible.
Tomorrow.bioLe document d'information relatif au consentement éclairé précise explicitement que la réanimation pourrait ne jamais être possible.
L'ingénierie améliore tant l'honnêteté que le matériel
Un bon programme d'ingénierie consigne les défaillances, assure la traçabilité et distingue les mesures des prévisions.
Elle pose les questions suivantes : quels éléments de preuve permettraient de remettre en cause une conviction ? Quel goulot d'étranglement est le plus déterminant ? Et l'amélioration proposée a-t-elle une incidence sur l'objectif final ?
Cette discipline se prête également peu aux analogies. Un rein, un embryon ou un petit organisme récupéré constitue une preuve concernant un élément constitutif, et non un substitut à la résurrection humaine.
La conclusion rationnelle est conditionnelle : le maintien de la structure peut permettre de conserver des options que la décomposition élimine, mais la valeur de ces options reste incertaine.
L'ingénierie est utile ici parce qu'elle met en évidence les dépendances et les modes de défaillance, et non parce que le simple fait de changer l'étiquette rend la relance plus facile.
