La question « Ă qui s'adresse la cryogĂ©nisation ? » recouvre en rĂ©alitĂ© deux aspects trĂšs diffĂ©rents. Le premier concerne le tempĂ©rament, l'amour de la vie et la curiositĂ© envers l'avenir qui poussent une personne Ă faire ce choix. Nous y rĂ©pondons dans la rubrique « Ă qui s'adresse la biostase ? ». Cet article traite de l'autre question, plus terre-Ă -terre et souvent mal comprise : qui peut rĂ©ellement s'inscrire? Oubliez un instant si l'idĂ©e vous sĂ©duit ou non. La rĂ©ponse concrĂšte est que l'accĂšs est bien plus large que ce que presque tout le monde imagine, et que la plupart des raisons pour lesquelles les gens s'excluent d'emblĂ©e s'avĂšrent ĂȘtre des mythes.
Soyons donc concrets. Ăge, santĂ©, nationalitĂ©, fortune : les gens s'excluent eux-mĂȘmes sur ces quatre critĂšres, et sur chacun d'entre eux, ils se trompent gĂ©nĂ©ralement.

Presque tous les adultes, quel que soit leur Ăąge
L'argument le plus couramment avancé pour s'exclure de ce dispositif est « Je suis trop vieux » ou, tout aussi souvent, « Je suis trop jeune pour penser à ça ». Aucun de ces deux arguments ne tient la route. Les adhérents vont des étudiants d'une vingtaine d'années aux personnes bien avancées dans leur retraite, et la procédure ne tient pas compte de votre date de naissance. Ce qui importe, c'est que les dispositions soient prises avant qu'elles ne deviennent nécessaires, et non le nombre d'années que vous avez déjà vécues.
La seule vĂ©ritable contrainte est que vous devez ĂȘtre majeur pour signer votre propre contrat, car il sâagit dâune dĂ©cision contraignante concernant ce quâil adviendra de votre propre corps. En dessous de cet Ăąge, les parents peuvent prendre des dispositions pour leur enfant, mais le membre par dĂ©faut est tout simplement un adulte qui a dĂ©cidĂ© de ne pas sâen remettre au hasard. Ce nâest pas sans raison que nous affirmons que le fait dâatteindre lâĂąge de 30 ans ou de vivre une alerte mĂ©dicale marque le moment dâagir: non pas parce quâil sâagit lĂ de dates butoirs, mais parce que câest lorsque lâurgence se fait le moins sentir que cela revient le moins cher et que câest le plus simple de sâen occuper.
On s'inscrit quand on est en bonne santé, pas quand on est mourant
C'est lĂ le point qui change la donne. La cryogĂ©nisation est une dĂ©marche que l'on organise Ă l'avance, Ă l'instar d'une assurance-vie, et non quelque chose que l'on s'empresse de souscrire depuis un lit d'hĂŽpital. En effet, tout le modĂšle repose sur le principe que vous ĂȘtes en bonne santĂ© au moment de la signature. C'est ce qui permet de financer cette prestation Ă moindre coĂ»t, et c'est ce qui donne Ă nos Ă©quipes standby de stabilisation le temps de se prĂ©parer, plutĂŽt que d'ĂȘtre prises au dĂ©pourvu.
C'est aussi pour cela que l'argument « Je suis en parfaite santĂ©, je n'ai donc pas besoin de m'en prĂ©occuper » repose sur un raisonnement totalement erronĂ©. C'est justement quand on est en bonne santĂ© qu'on peut agir. Un diagnostic grave ne vous rend pas inĂ©ligible â de nombreux membres s'inscrivent aprĂšs en avoir reçu un â, mais cela rend tout plus difficile et plus coĂ»teux. C'est maintenant qu'il faut s'en occuper, sans se presser, et c'est lĂ une partie du coĂ»t de l'attente.
La plupart des problÚmes de santé ne constituent pas un obstacle
On pense souvent que la cryogĂ©nisation n'est rĂ©servĂ©e qu'Ă ceux qui meurent « de mort naturelle », et on craint que le cancer, les maladies cardiaques ou la dĂ©mence n'en excluent certains. Or, ce n'est gĂ©nĂ©ralement pas le cas. La procĂ©dure dĂ©bute aprĂšs le dĂ©cĂšs lĂ©gal, quelle qu'en soit la cause, et l'objectif reste toujours le mĂȘme : refroidir rapidement le corps et prĂ©server la structure du cerveau.
Ce qui importe rĂ©ellement, ce nâest pas la maladie, mais le dĂ©lai, cet intervalle entre le dĂ©cĂšs et le dĂ©but de la rĂ©frigĂ©ration, car câest lĂ que se joue vĂ©ritablement la course contre la dĂ©gradation cellulaire. Il existe des cas vĂ©ritablement difficiles, et nous ne les cachons pas ; nous exposons clairement les limites rĂ©elles qui dĂ©terminent dans quels cas la cryoconservation nâest pas possible. Un long dĂ©lai non attestĂ©, un corps perdu ou non retrouvĂ©, ou encore une autopsie imposĂ©e par la loi qui endommage le cerveau constituent les vĂ©ritables obstacles, et non le nom de la maladie figurant sur le certificat. Les exclusions sont lâexception, et non la rĂšgle.
La plupart des nationalités, au-delà des frontiÚres
La géographie constitue le prochain obstacle invisible. Tomorrow.bio fondée en 2019 avec standby basées à Berlin et à Amsterdam, tandis que le stockage à long terme est assuré par l'association à but non lucratif European Biostasis Foundation ses locaux de Rafz, en Suisse. Cette présence européenne est délibérée, et nous expliquons pourquoi elle est importante dans l'article intitulé « Pourquoi un prestataire européen change la donne ».
Il nâest pas nĂ©cessaire dâĂȘtre europĂ©en pour devenir membre. Ce qui varie en fonction de la localisation, câest la logistique, et non les conditions dâĂ©ligibilitĂ© : la rapiditĂ© avec laquelle une Ă©quipe peut se rendre jusquâĂ vous et la maniĂšre dont un patient est transfĂ©rĂ© dâun pays Ă lâautre. Notre ambulance « Biostasis » est immatriculĂ©e en tant que vĂ©hicule funĂ©raire prĂ©cisĂ©ment pour pouvoir franchir les frontiĂšres de lâUE sans encombre sur le plan juridique, et lâensemble du dispositif logistique, administratif et de transport est lĂ pour faire de la distance un problĂšme surmontable plutĂŽt quâun obstacle rĂ©dhibitoire.
Financé par l'assurance, et non par la richesse
Le mythe le plus nĂ©faste est celui selon lequel il sâagirait dâun « jouet » rĂ©servĂ© aux milliardaires, ce que nous appelons ailleurs le « sophisme des ultra-riches ». Les chiffres annoncĂ©s semblent en effet Ă©levĂ©s : la cryoconservation du corps entier coĂ»te environ 200 000 euros et celle du cerveau seul, environ 75 000 euros. Presque personne ne paie ces sommes de sa poche, et le modĂšle ne prĂ©voit dâailleurs pas que ce soit le cas.
Au lieu de cela, la plupart des adhĂ©rents financent cette prĂ©voyance au moyen dâune police dâassurance-vie, temporaire ou Ă capitalisation, qui dĂ©signe lâorganisme comme bĂ©nĂ©ficiaire. Vous payez une prime abordable tout au long de votre vie ; la somme forfaitaire est disponible lorsque vous en avez besoin. Ă cela sâajoute une cotisation ordinaire, dâenviron 50 euros par mois si vous avez moins de 35 ans (rĂ©duite Ă environ 25 euros en cas de rĂ©el besoin), soit environ 500 euros par an, avec une lifetime dâenviron 9 999 euros. Pour les Ă©tudiants et les personnes Ă faibles revenus, il existe un parcours spĂ©cifique, dĂ©crit dans la rubrique « AdhĂ©sion pour les Ă©tudiants et les personnes Ă faibles revenus ». Cette structure est conçue pour que le coĂ»t soit Ă peu prĂšs Ă©quivalent Ă celui dâun abonnement Ă une salle de sport, et non une fortune.
Alors, qui est laissé de cÎté ?
L'honnĂȘtetĂ© exige de dresser la courte liste des personnes pour lesquelles cela ne fonctionne vĂ©ritablement pas aujourd'hui. Vous ne pouvez pas vous inscrire si vous n'ĂȘtes pas majeur. Vous ne pouvez pas ĂȘtre bien conservĂ© si votre corps n'a pas Ă©tĂ© retrouvĂ©, ou si un dĂ©lai trĂšs long ou une autopsie obligatoire a dĂ©jĂ dĂ©truit la structure du cerveau avant le dĂ©but de la rĂ©frigĂ©ration. Et vous ne pouvez pas en bĂ©nĂ©ficier si vous n'avez jamais mis en place le financement et les formalitĂ©s administratives alors que vous en aviez la possibilitĂ©, ce qui est justement l'objectif mĂȘme d'une procĂ©dure d'inscription simple.
En dehors de ces cas-là , l'ensemble des personnes éligibles se résume pratiquement à « tout adulte en bonne santé qui décide de passer à l'action ». Il s'agit d'un groupe bien plus vaste que ne le laisse entendre l'image culturelle de la cryogénisation, et l'écart entre les deux repose principalement sur des hypothÚses que personne n'a jamais vérifiées.
ConcrÚtement, la cryogénisation s'adresse à presque toutes les personnes qui prennent les dispositions nécessaires à temps : quel que soit leur ùge, leur état de santé ou leur nationalité, et que ce soit grùce à une assurance plutÎt qu'à leur fortune personnelle.
