L'obstacle de la procrastination

Pourquoi l'âge de 30 ans ou un problème de santé font qu'il est "temps d'agir" ?

Les anniversaires marquants et les problèmes de santé mettent enfin un terme à des années de procrastination, non pas parce que la situation a changé, mais parce que la mortalité cesse brièvement d’être un concept abstrait. Voici pourquoi ces événements ont un tel effet, et comment provoquer délibérément le même effet.

Il y a quelque chose d’étrange dans la façon dont les gens prennent leurs décisions : les anniversaires marquant un chiffre rond les émeuvent alors que rien n’a réellement changé. À 29 ans, on se sent jeune ; à 30 ans, on a l’impression d’entrer dans l’âge adulte ; à 39 ans, on se sent encore dans la fleur de l’âge ; et à 40 ans, on a le sentiment que la crise de la quarantaine s’installe véritablement. À 30 ans, on n’est pas fondamentalement différent de ce qu’on était la semaine précédente, et pourtant ces seuils arbitraires suscitent immanquablement une réflexion, et parfois une action, sur des choses longtemps repoussées.

Les décisions relatives à la cryoconservation se concentrent précisément sur ces moments-là. Des personnes qui connaissent l’existence de la biostase depuis des années décident soudainement d’y avoir recours vers 30, 40 ou 50 ans. Les faits n’ont pas changé. La logique n’a pas changé. Un changement psychologique s’est produit et a fini par l’emporter sur l’inertie. Les alertes sanitaires renforcent encore davantage ce phénomène : un résultat inquiétant lors d’un bilan de santé de routine, une douleur thoracique qui s’avère sans gravité mais qui vous effraie profondément, un pair de votre âge qui décède sans crier gare. Comprendre pourquoi ces déclencheurs agissent vous permet de faire mieux que d’attendre qu’ils se produisent : vous pouvez créer le vôtre.

Une grande horloge murale ronde à côté d'un simple calendrier vierge
Les étapes importantes et les moments d'angoisse nous font prendre conscience de la réalité de la mort, mais on peut créer cette prise de conscience bien avant.

Trente ans : l'âge où l'avenir commence à prendre des contours concrets

La trentaine revêt une importance culturelle particulière, car elle marque la fin de la jeunesse et le début de la vie adulte à part entière. La vingtaine est faite pour se trouver et se permettre un peu d’irresponsabilité ; la trentaine est l’âge où l’on est censé avoir pris ses marques et penser à long terme. Même si l’on rejette consciemment ce schéma, il finit par s’imposer. À l’approche de cet anniversaire, on fait le point sur sa carrière, ses relations, ses finances, son parcours, et cette pause de réflexion laisse juste assez de place pour que la question de la mortalité s’immisce dans nos pensées.

À trente ans, la mort est encore lointaine, mais elle ne semble plus infinie. On a vu suffisamment de temps s’écouler pour y croire. Des amis ont connu des problèmes de santé ; les parents vieillissent à vue d’œil. L’avenir, jusqu’alors abstrait, commence à prendre des contours concrets. Il y a aussi une incitation d’ordre pratique : c’est vers trente ans que les tarifs d’assurance commencent à augmenter de manière plus sensible, et ceux qui se renseignent sur le sujet découvrent qu’attendre davantage entraîne lifetime réel lifetime , ce que nous exposons en détail dans la section « Le coût de l’attente ».

Quarante ans, l'âge où la mort entre dans notre champ de vision

Si, à trente ans, la mort n’est qu’une présence en marge de notre champ de vision, à quarante ans, elle s’impose au premier plan. Les parents sont âgés, voire disparus. Les camarades de classe sont confrontés à de graves maladies. On remarque peut-être les premiers changements réels liés à l’âge : une récupération plus lente, un bilan de santé qui révèle un problème à surveiller. La vie familiale et professionnelle s’est souvent suffisamment stabilisée pour que l’on puisse enfin voir plus loin que le prochain problème urgent, et le traditionnel bilan de la quarantaine s’installe : on remet en question ses choix, les chemins non empruntés, les projets reportés. Dans ce contexte, la planification successorale n’est plus perçue comme morbide, mais comme un acte responsable.

À quarante ans, la pression en matière d’assurance est plus forte : les primes sont nettement plus élevées qu’à trente ans, les problèmes d’assurabilité sont plus fréquents et les possibilités d’obtenir une assurance « pas chère et facile » se réduisent visiblement. De nombreuses personnes disposent également d’un revenu disponible plus important à cet âge ; ainsi, les inquiétudes financières qui pesaient sur elles à vingt-cinq ans semblent désormais gérables, ce qui élimine l’une des dernières excuses pratiques. L’adhésion en elle-même est modeste; la question du financement concerne principalement l’assurance qui la sous-tend.

La crainte pour la santé, le facteur qui brise l'abstraction

Rien ne rend la mort aussi concrète que le fait que votre propre corps vous signale que quelque chose ne va peut-être vraiment pas. Une douleur thoracique, un résultat d’analyse inquiétant, un diagnostic de cancer chez une personne de votre âge : tout cela brise le calme de la croyance en l’invulnérabilité et en l’éternité. Dans la foulée, les gens s’attellent enfin d’un seul coup à toutes les démarches qu’ils avaient repoussées : mettre à jour leur testament, établir des procurations, avoir les conversations difficiles, et parfois envisager la préservation du corps. L’urgence qui faisait défaut tant que la mort restait abstraite apparaît instantanément dès qu’on la sent proche. C’est le mécanisme décrit dans le problème abstrait de la mort, qui fonctionne à l’envers.

Le plus cruel, c’est le moment où cela arrive. Si cette alerte s’accompagne d’un diagnostic qui rend votre assurance difficile à obtenir, la fenêtre d’opportunité pour une préservation rentable pourrait déjà s’être refermée, ne laissant comme seule option que l’autofinancement et l’engagement financier bien plus important qu’il implique. Si cette alerte s’accompagne d’un diagnostic qui rend votre assurance difficile, la fenêtre d’opportunité pour une préservation rentable est peut-être déjà fermée, ne laissant comme seule option que l’autofinancement : 200 000 € pour la préservation du corps entier et 75 000 € pour la préservation du cerveau uniquement, aux tarifs actuels réservés aux membres, payés sur vos propres fonds plutôt que par une police d’assurance. Même une fausse alerte fait office de signal d’alarme : cette indigestion qui ressemblait à une crise cardiaque, cette grosseur qui s’est avérée bénigne. Car si le résultat médical est sans gravité, le rappel psychologique persiste : vous n’êtes pas invincible, votre temps est compté. Ces événements ouvrent une brève fenêtre de motivation qui s’estompe à mesure que la vie reprend son cours normal. Cette fenêtre n’est une opportunité que pour ceux qui la remarquent et s’engagent tant qu’elle est ouverte.

Fabriquer la gâchette plutôt que d'attendre qu'elle arrive

Le problème, quand on attend un déclencheur naturel, c’est qu’il peut arriver trop tard, voire ne jamais se produire. Vous pourriez passer le cap des trente ans sans rien faire, en repoussant sans cesse à plus tard, et éviter les problèmes de santé jusqu’à ce que vous soyez plus âgé et que les démarches soient plus difficiles. Compter sur des événements extérieurs pour vous faire agir revient, en réalité, à accepter que vous ne passiez peut-être jamais à l’action. La meilleure approche consiste à créer délibérément vous-même ce déclencheur psychologique.

  • Considérez-le comme un projet avec des échéances. « Je terminerai les préparatifs d'ici la fin du mois prochain » : cela fixe une date butoir. Décomposez-le en tâches précises, chacune avec ses propres échéances, et inscrivez-les dans votre agenda comme n'importe quel autre engagement.
  • Intégrez-le à un bilan annuel. « Au cours du mois de mon anniversaire, je fais le point sur ma planification successorale, y compris l'état d'avancement de la préservation de mon patrimoine. » Si la question n'est pas traitée, ce bilan met en évidence les lacunes et crée une pression.
  • Faites appel à un partenaire de soutien. Trouvez quelqu’un qui envisage lui aussi de le faire et engagez-vous à respecter une échéance commune. Vous ne voudrez pas être celui ou celle qui n’aura pas tenu ses engagements.
  • Réfléchissez-y délibérément. Considérez votre propre mort comme un événement concret, et non comme une abstraction. Imaginez les circonstances et ce que votre famille devrait endurer. C'est désagréable, mais cela suscite précisément le élan qui vous fait passer de l'intention à l'action.

Le sophisme du « moment idéal »

Les gens attendent le moment idéal : celui où leur carrière se stabilise, où leur situation financière s'améliore, où ils ont plus de temps, où leur situation familiale se clarifie. Ce moment n'arrive jamais, car la « perfection » est une cible mouvante qui évolue au gré de votre situation. Il n’y a pas de moment parfait, seulement des moments différents avec des compromis différents. Ce qui se rapproche le plus de l’idéal, aussi étrange que cela puisse paraître, c’est « tout de suite », tant que vous êtes en bonne santé et assurable, car chaque jour de retard augmente le risque que quelque chose vienne modifier cette situation. La santé actuelle et l’assurabilité actuelle ne sont pas des caractéristiques permanentes.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille se précipiter sans réfléchir. Renseignez-vous auprès des prestataires, évaluez les coûts, discutez-en avec votre famille, mais faites-le dans un délai serré, avec une date butoir bien définie, plutôt que de laisser les choses s’éterniser. « Je prendrai ma décision d’ici deux mois » et « Je finirai bien par me décider » : voilà la différence entre l’action et la procrastination perpétuelle dont traite le reste de ce chapitre.

Pourquoi miser sur les plus jeunes est vraiment le meilleur choix

L'instinct nous pousse à attendre d'être plus âgé, lorsque la mort nous semble plus proche. Or, cela va à l'encontre de la stratégie optimale. Le meilleur moment pour souscrire une assurance est lorsque l'on est jeune, en bonne santé et que la mort semble encore lointaine, précisément parce que ces conditions rendent la démarche la moins coûteuse et la plus simple : primes les plus basses, souscription la plus simple, période de couverture la plus longue, et plus de temps pour bien choisir. Ces avantages pratiques éclipsent largement l'avantage psychologique lié à l'urgence naturelle plus forte que procure l'âge. Si vous attendez que l’urgence se fasse sentir, vous attendrez d’être plus âgé, probablement en moins bonne santé, et vous paierez certainement plus cher. Vous privilégieriez alors votre confort émotionnel au prix d’un coût pratique très élevé.

Ce que les gens racontent de l'autre côté

Les personnes qui finissent par s’inscrire après des années d’hésitation décrivent toutes, avec une cohérence frappante, le même sentiment : le soulagement. Le poids d’une intention sans fin s’envole. Elles ajoutent presque toujours que c’était plus facile que ne le laissait présager leur appréhension, que les formulaires ne sont pas compliqués, que les démarches auprès de l’assurance sont courantes, et que l’ensemble ne prend qu’un nombre modeste d’heures réparties sur quelques semaines. Et un changement de perspective : une fois les dispositions prises, la mort semble un peu moins menaçante, non pas par déni, mais parce qu’ils ont fait ce qu’ils pouvaient et agi conformément à leurs propres valeurs. Personne ne dit regretter d’avoir pris cette décision. Les seules personnes qui expriment des regrets sont celles qui ont attendu trop longtemps et qui se sont heurtées à une complication rendant les démarches difficiles, voire impossibles ; elles auraient souhaité s’y prendre alors que c’était encore facile.

Cet événement marquant ou cette frayeur fonctionne parce qu’il rend brièvement la mort tangible, mais vous n’avez pas besoin d’attendre qu’un tel événement se produise : vous pouvez simplement décider que c’est aujourd’hui que vous en finirez avec la procrastination.

Vous n’aurez jamais l’impression que le moment est parfait ou que les circonstances sont idéales ; ce sentiment est un symptôme de la procrastination, et non une perception fidèle de la réalité. Alors profitez du prochain anniversaire ou de la prochaine alerte si vous y tenez, établissez un plan « si… alors » pour le moment venu, ou mieux encore, n’attendez pas du tout. Faites en sorte que la première étape soit ridiculement petite : la page d’inscription, un e-mail, un coup de fil, et préférez l’action imparfaite d’aujourd’hui à l’action parfaite d’un « un jour » qui n’arrivera jamais. Le malaise lié au fait de s’y attaquer maintenant est minime comparé à la perte irréversible que représenterait de mourir après avoir eu l’intention de le faire pendant des années sans jamais passer à l’acte.

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