L'état d'esprit rationnel

Réponse logique au problème du "néant"

L'état le plus probable après la mort n'est ni le châtiment ni la solitude, mais le néant, l'absence permanente de toute expérience. La cryoconservation est la seule solution qui tente de l'empêcher, plutôt que de vous y résigner.

La plupart des peurs liées à la mort sont en réalité des peurs liées à l’au-delà : le jugement, le châtiment, la solitude dans une éternité obscure. Mais l’état le plus probable après la mort n’est aucun de ceux-là. C’est le néant. On cesse tout simplement d’exister. Pas d’expérience, pas de temps, pas même la conscience de l’absence. Et le néant pose un problème véritablement étrange à envisager, car ce dont on a peur, c’est précisément la chose dont il n’y aura plus de « soi » pour avoir peur.

Ce paradoxe est bien réel, et il ne fait pas disparaître cette aversion, ce qui est le premier indice que cette question mérite une réponse plus rigoureuse que « ne t'inquiète pas, tu ne le sauras pas ».

Une petite silhouette humaine se tenant calmement devant une porte ouverte, baignée d'une douce lumière
Le néant ne peut être vécu, seulement évité ; la réponse logique est donc de laisser la porte ouverte.

En quoi consiste réellement le problème ?

Le néant n’est pas une expérience que vous vivrez. C’est l’absence permanente de toute expérience. Vous ne vous ennuierez pas, vous ne vous sentirez pas seul et vous n’éprouverez aucun regret, car il n’y aura plus aucun sujet pour ressentir quoi que ce soit. Vu de l’intérieur, c’est comme si vous n’aviez jamais existé, chaque souvenir, chaque relation et chaque lueur de conscience ayant disparu complètement et définitivement. C’est une réalité plus pure et plus sombre que n’importe quel enfer jamais imaginé, précisément parce qu’elle ne contient rien, pas même la conscience de la perte.

Nous nous heurtons donc à un nœud logique. Le néant ne peut pas vous faire de mal, il ne reste plus de « vous » à blesser, et pourtant, sa perspective perturbe presque tous ceux qui l’envisagent de front. Cette perturbation prend tout son sens dès lors que l’on se rappelle ce que nous sommes. Nous avons évolué pour éviter les menaces et assurer notre survie, et la cessation définitive représente le summum de toutes les menaces qui puissent exister. La logique nous dit qu’elle ne peut pas vous atteindre. Mais le mécanisme sous-jacent à cette logique n’est pas d’accord, et ce n’est pas une erreur de l’écouter.

La réponse qui semble presque trop simple

Étant donné que le néant est la perte définitive de tout, la réponse logique consiste à l’empêcher ou à le retarder autant que possible. Il ne s’agit pas là de philosophie profonde. On accorde de la valeur à l’existence, la mort met fin à l’existence, il faut donc empêcher la mort lorsque c’est possible. La médecine fonctionne déjà entièrement selon ce principe : elle traite les maladies, soigne les blessures et prolonge la vie, jusqu’à ce qu’elle déclare un état terminal et cesse ses efforts. La biostase étend ce même principe au-delà du point où la médecine actuelle s’arrête, ce qui correspond exactement à l’esprit consistant à traiter la mort comme un problème d’ingénierie plutôt que comme un verdict.

Cet argument ne nécessite aucune métaphysique. Si la conscience a de la valeur, et si sa préservation permet d’en assurer la pérennité, alors la préservation l’emporte sur l’acceptation d’une cessation certaine. C’est tout ce qu’il y a à dire. Il suffit d’accorder de la valeur au fait d’être conscient et d’admettre qu’une chance incertaine de perdurer l’emporte sur la garantie d’un arrêt.

Pourquoi les réponses habituelles ne suffisent pas

La religion propose des réponses au néant, à la vie éternelle, à la réincarnation, à la pérennité spirituelle, et apporte un réel réconfort psychologique. Ce qui lui manque, ce sont des preuves, et elle vous demande de croire à des affirmations qui jurent avec les principes établis de la physique et de la biologie. La cryoconservation en demande beaucoup moins : seulement que la structure biologique renferme les informations qui vous définissent, et que les progrès futurs suffiront peut-être à la restaurer. Des affirmations modestes en comparaison – et c’est justement cette comparaison qui fait toute la différence –, c’est l’option la moins étrange précisément parce qu’elle repose sur le plus petit saut de raisonnement.

La philosophie emprunte une voie différente : accepter le néant comme un état naturel, y trouver un sens malgré tout, relâcher son attachement à la continuité. Ces approches ont une réelle valeur et vous aident à mieux accepter la fin. Ce qu’elles ne font pas, c’est l’empêcher. Elles constituent un excellent remède contre la peur, mais ne sont d’aucun secours face à ce qui suscite cette peur. La cryoconservation est la seule solution envisageable qui s’attaque directement au problème, au lieu de vous y résigner.

L'asymétrie qui fait le gros du travail

Voici le point crucial. De votre propre point de vue, vous vivez tous les futurs dans lesquels vous existez, mais aucun de ceux où vous n’existez pas, ce qui crée une asymétrie profonde. Si la cryoconservation échoue, vous ne ressentirez aucune déception, car il n’y aura pas de « vous » pour la ressentir ; les ressources dépensées seront perdues, mais « vous » finirez exactement dans le néant auquel la mort conventionnelle vous aurait de toute façon conduit. Si elle réussit et que vous y avez renoncé, vous aurez tout perdu inutilement.

La préservation est donc une valeur d’option dont le gain est unilatéral. Le succès signifie la poursuite de la situation actuelle. L’échec signifie le même résultat que celui vers lequel on se dirigeait de toute façon. C’est ce qui rend cette stratégie logique, même avec un faible niveau de confiance, et c’est le même mécanisme qui explique pourquoi une chance de 1 % l’emporte sur une chance de 0 %: on ne risque pas un bon résultat contre un mauvais, on ne risque rien de plus contre la possibilité de tout perdre.

Pourquoi le timing est impitoyable

Le néant est permanent. Une fois que la mort conventionnelle a dégradé les informations qui vous constituaient, aucune avancée ultérieure ne peut revenir en arrière pour vous aider, car il ne reste plus rien d’intact sur quoi s’appuyer. Le domaine a donné un nom à ce seuil : la « mort informationnelle », le point à partir duquel la structure codant la mémoire et la personnalité est perturbée au-delà de ce que toute technologie future pourrait lire. Quelle que soit la probabilité que vous attribuez à la réussite de la préservation, cette probabilité s’effondre exactement à zéro dès l’instant où vous choisissez plutôt la dégradation. Attendre une meilleure technologie, davantage de preuves ou l’approbation sociale garantit le néant si la mort survient en premier, et la mort ne tient pas compte de votre calendrier. Considérez la préservation comme une assurance : vous n’en aurez peut-être jamais besoin, mais si vous en avez besoin et que vous ne l’avez pas, il n’y a pas de seconde chance pour la souscrire. Nous affirmons clairement que la résurrection n’est pas possible aujourd’hui, et c’est précisément pour cette raison que la préservation doit avoir lieu maintenant, tant que la structure est encore là pour être préservée.

Répondre honnêtement au sceptique

Les sceptiques soulèvent des arguments valables : la qualité actuelle de la préservation pourrait s’avérer insuffisante ; la réanimation pourrait s’avérer impossible, quels que soient les outils futurs ; la conscience pourrait nécessiter une continuité que la préservation vient interrompre. La première de ces objections repose sur deux mécanismes concrets : la lésion ischémique, c’est-à-dire les dommages qui s’accumulent entre l’arrêt circulatoire et le début du refroidissement, et la toxicité de la solution cryoprotectrice, qui doit atteindre des concentrations suffisamment élevées pour vitrifier les tissus au lieu de les laisser geler. Ces objections sont fondées et nous les prenons au sérieux dans nos publications. Aucune d’entre elles ne remet en cause la structure. Une faible probabilité reste supérieure à zéro. Des méthodes imparfaites préservent tout de même davantage d’informations que la décomposition. Les questions non résolues concernant la conscience laissent encore à la structure préservée la possibilité que la destruction exclut.

Cette attitude sceptique repose généralement sur une hypothèse implicite : celle selon laquelle il faudrait avoir une grande certitude avant d’agir. Or, étant donné que l’alternative est une perte certaine et irréversible, cela revient à inverser la charge de la preuve. Nous devrions préserver, à moins d’être fermement convaincus que c’est vain. C’est le choix par défaut consistant à accepter le néant qui doit être défendu, et non la tentative de l’empêcher.

Le néant ne peut être vécu, seulement évité, et la réponse logique à un problème auquel on ne peut survivre n’est pas de s’y résigner, mais de garder la porte ouverte.

Du point de vue du pur intérêt personnel, le choix est clair : vous accordez de la valeur à l’existence ; la préservation offre une chance de perdurer, tandis que la mort conventionnelle offre la certitude de s’arrêter. Le tableau se complique dès lors que l’on prend en compte les autres, les ressources et des valeurs plus larges, mais pour la plupart des gens, la conclusion reste la même. Le calcul ne bascule que si vous préférez sincèrement le néant à la poursuite de l’existence, ou si la préservation cause véritablement plus de tort à ceux que vous aimez que ne vaut votre propre survie, ou encore si vous attribuez une probabilité véritablement nulle à la restauration. Pour la plupart des gens, aucune de ces conditions ne s’applique. La réponse logique au problème du néant n’est donc pas de le nier par la foi ou de s’en détourner. Elle consiste à l’empêcher concrètement, tant que la prévention est encore possible.

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