Arguments, éthique et idées reçues

Pourquoi choisir cette voie ?

Pourquoi les gens optent-ils réellement pour la cryoconservation ? Ce n’est pas par peur de la mort, mais pour quatre raisons qui convergent vers une même idée : celle que la vie mérite d’être préservée jusqu’à ce que les connaissances rattrapent leur retard.

La plupart des gens réagissent avec une certaine réticence face à la cryogénisation et supposent que quiconque fait ce choix doit être terrifié par la mort. La vérité est plutôt le contraire. Opter pour la cryoconservation, c’est adopter une position particulière vis-à-vis du temps : celle selon laquelle la mort, telle que nous la définissons aujourd’hui, n’est pas un mur infranchissable, mais la description de ce que la médecine ne peut pas encore guérir. Les personnes qui font ce choix fuient rarement la mort. Elles aspirent à prolonger leur vie, et leurs motivations, aussi différentes qu’elles puissent paraître à première vue, convergent vers une seule idée : celle que l’existence mérite d’être préservée jusqu’à ce que la science rattrape son retard.

Il est utile de distinguer ces différentes raisons, car elles ne sont pas identiques, et la plupart des personnes qui font ce choix en ont plusieurs à la fois.

une petite silhouette humaine se tenant à un embranchement où un sentier sombre s'achève contre un mur tandis qu'un autre, plus lumineux, s'étend vers l'horizon, choisissant la route qui s'ouvre devant elle
Opter pour la biostase, c'est prendre position face au temps : refuser de considérer ce qui n'est pas encore comme ce qui n'est jamais.

Pour ne pas mourir d'une maladie qui sera plus tard guérissable

La raison la plus concrète est aussi la plus médicale. Une grande partie des maladies mortelles actuelles, de la neurodégénérescence aux cancers agressifs, ne sont pas hors de portée de la science en principe. Elles sont hors de portée de la science actuelle, ce qui est une chose très différente et bien plus temporaire. Le terme « incurable » a toujours signifié, en sous-entendu, « incurable pour l’instant ». La cryogénisation a un nom pour désigner le moment où cela cesse d’être vrai : la mort informationnelle, c’est-à-dire l’état dans lequel les structures cérébrales qui codent la mémoire et la personnalité sont si gravement endommagées qu’aucune technologie future ne pourrait déterminer ce qu’elles étaient. La biostase consiste à tenter de transformer le moment où la médecine abandonne en une pause plutôt qu’en un point final, afin qu’une cause de décès aujourd’hui sans espoir puisse être confiée à une médecine qui ne le sera plus. Il s’agit d’une poursuite médicale, et non d’une fin.

Pour savoir ce qui va se passer ensuite

Il y a aussi la simple curiosité, qui est un moteur plus puissant que les gens ne veulent bien l’admettre. Certains font ce choix non seulement pour survivre à une maladie, mais aussi pour être témoins de la suite de l’histoire : ce que deviendra l’humanité après un siècle supplémentaire de progrès scientifiques, ce que nous apprendrons sur le cerveau, sur l’espace, sur nous-mêmes. Une période de 80 ans n’en offre qu’un aperçu. Pour les véritables curieux, voir le rideau tomber juste au moment où les choses intéressantes commencent constitue une perte en soi, qu’il vaut la peine d’essayer d’éviter.

Vivre sans la pression constante du temps qui passe

Une durée de vie normale suffit à peine à explorer une infime partie de tout ce qu’il y a à faire. La plupart des vies s’achèvent avec des projets inachevés, des livres non lus, des chemins non parcourus. La cryogénisation ne promet pas de supprimer cette limite, mais elle remet en question l’idée selon laquelle cette limite serait fixe et non négociable. Pour ceux qui souhaitent étudier, créer et apporter leur contribution sans avoir toujours en vue un horizon infranchissable, l’attrait réside dans la possibilité de transformer « trop tard » en « pas encore ».

Parce que c'est le même enjeu que dans le reste de la médecine

Derrière chacune de ces idées se cache une conviction unique sur laquelle repose déjà la médecine : les problèmes qui semblent naturels et inévitables ne sont souvent que des problèmes non résolus. Le vieillissement et la dégradation biologique ne font pas exception. La cryogénisation s’inscrit pleinement dans la tradition scientifique ; elle ne fait que l’appliquer à une échelle de temps plus longue : préserver aujourd’hui, étudier plus tard, réparer lorsque cela sera possible. Il n’est pas nécessaire d’avoir des certitudes pour agir ainsi, il suffit de reconnaître que le progrès n’est pas achevé. C’est la même logique asymétrique qui explique pourquoi une chance de 1 % est infiniment préférable à 0: lorsque l’alternative est une perte définitive, une chance réelle mais incertaine vaut la peine d’être saisie.

Choisir cette voie, ce n'est pas craindre la mort plus que les autres. C'est refuser de considérer que « nous ne pouvons pas encore résoudre ce problème » revient à dire « ce problème ne pourra jamais être résolu ».

C'est là le fil conducteur de toutes les raisons sincères qui poussent à opter pour la cryoconservation : la continuité de la vie, de la curiosité et du sens, préservées jusqu'à ce que la science soit en mesure de les restaurer. La suite de cet article aborde les aspects complexes, les arguments contraires, les questions éthiques et les mythes, car un choix qui en vaut la peine est un choix que l'on doit pouvoir défendre en toute lucidité.

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